|
Au commencement de la foi : la louange 1 Co 1.1-9 / Lc 17.11-18
Si nous entendons la parole de la grâce au commencement du culte
comme nous étant personnellement adressée, elle devrait
susciter en nous un jaillissement de joie et de reconnaissance. La louange comme attitude spirituelle Prenons la première épître aux Corinthiens. Paul
est confronté à une situation pastorale très difficile.
Le livre des Actes raconte qu’il est resté dix-huit mois à Corinthe.
Quand il a quitté la ville pour retourner à Antioche, il
a laissé derrière lui une communauté organisée. À l’image
de la ville, l’Église est cosmopolite avec des Juifs et
des Grecs, quelques riches et beaucoup de gens de condition modeste,
des hommes libres et des esclaves. Cette diversité a très
vite posé problème et l’Église de Corinthe
s’est trouvée divisée par des clans et des partis
alors que ses responsables ont été dépassés
par des questions théologiques et pratiques comme la liberté face
aux viandes consacrées aux idoles et à la sexualité,
la place et la tenue des femmes dans l’Église, la gestion
des charismes dans les cérémonies… En outre des évangélistes
ont été envoyés dans l’Église pour
tenir un autre discours que celui de Paul et pour dénigrer son
ministère… élégance ! Pourquoi apprenons-nous à nos enfants à dire merci ? Pour les éveiller
au sens de l’autre, pour leur rappeler qu’ils ne sont pas seuls
au monde et qu’ils sont au bénéfice du travail et de la
peine de beaucoup d’autres. Comme le dit un commentaire : « Adam
a dû travailler dur pour labourer la terre, puis l’ensemencer ;
il a dû attendre longtemps avant que ne pousse le blé et le lin
; il a dû travailler encore pour récolter le blé, pour
le broyer afin de le transformer en fleur de farine, pour pétrir la
pâte et la cuire pour en faire du pain ; il a dû travailler toujours
pour récolter le lin, le tisser et en faire un vêtement. Et moi,
ce matin en me levant, je trouve un vêtement dans mon armoire et du pain
sur ma table… et je ne serais pas reconnaissant ? » Scott Peck est un psychologue chrétien qui s’est converti lorsqu’il a découvert la place de la grâce dans le cheminement et la guérison de ses patients. Un jour il participait à une convention avec un évangéliste. Dans une conférence il a expliqué sa compréhension de la grâce et a prétendu que, pour lui, la gratitude était une condition préalable à la foi. Le lendemain, l’évangéliste a pris la parole et a dit : Hier soir, Peck a dit qu’un cœur plein de gratitude est une condition préalable à la foi, eh bien je voudrais dire que je ne suis pas d’accord avec lui. Un cœur plein de gratitude n’est pas une condition préalable à la foi, c’est la condition préalable. Pour cet évangéliste, la foi se confond presque avec notre capacité à rendre grâce pour ce qu’il y a de beau et de bon dans notre histoire. En face d’une bonne nouvelle, d’une bénédiction ou
d’une réussite, le païen dit : c’est la chance, le
hasard, la ceinture de sécurité que j’avais attachée,
le chirurgien qui était habile, le médicament qui était
efficace, mon travail, mes capacités ou mes bons réflexes. Le
chrétien rend grâce à Dieu car derrière la ceinture
de sécurité, le cachet d’aspirine, l’habileté du
chirurgien, ses capacités de travail ou la présence du frère,
il voit un signe de la grâce de Dieu. La louange comme confession de foi Si la gratitude est au commencement de la démarche spirituelle, la louange
est consubstantielle à la foi chrétienne. Celui qui ne loue pas
est soit un ingrat soit un impie qui croit que sa vie est simplement le fait
d’un hasard improbable. Mais si notre vie est le fait d’un hasard, à quoi
bon vivre ? Pourquoi se comporter avec raison ? Pourquoi agir avec moralité ?
Le livre de la Sagesse (ce qu’on appelle un deutérocanonique c'est à dire
un livre du Premier Testament qui ne fait pas partie du canon mais dont la
lecture est recommandée) parle des impies qui ne croient pas en Dieu.
Puisqu’ils pensent que leur vie n’est qu’une bulle de hasard
appelée à disparaître, ils vivent en ne pensant qu’à leur
plaisir : Eh bien allons ! Jouissons des biens présents et profitons
de la création… du meilleur vin et de parfum enivrons-nous, ne
laissons pas échapper les premières fleurs du printemps… » La
suite du passage montre que leur attitude débouche aussi sur l’injustice
: « Opprimons le pauvre, qui pourtant est juste, n’épargnons
pas la veuve et n’ayons pas égard aux cheveux blancs du vieillard
mais que pour nous la force soit la norme du droit, car la faiblesse s’avère
inutile. » Je ne prétends pas que tous les païens finissent
dans l’injustice mais qu’il y a une pente naturelle entre le fait
de croire que notre vie n’est qu’un hasard et l’attitude égoïste
qui consiste à ne vivre que pour assouvir ses désirs en
se fichant des autres et de la justice. On m’a raconté l’histoire vraie d’un garçon
qui s’est fait renverser par une auto. Il est blessé mais pas
trop gravement. Une ambulance des pompiers arrive, le couche sur une civière
et l’emmène à l’hôpital. Arrivé à l’hôpital,
le garçon demande à voir l’aumônier. L’infirmière
le rassure et lui répond que ce n’est pas la peine de se faire
du souci et qu’il ne va pas mourir. Le garçon répond : « je
ne veux pas voir un aumônier parce que j’ai peur de mourir mais
parce que je veux rendre grâce à Dieu d’être encore
en vie après mon accident. » Entre l’infirmière et
le garçon, nous trouvons deux conceptions de la religion. Pour la première,
elle est simplement une façon de se rassurer face à l’angoisse
de la mort alors que pour le second elle conduit à la gratitude
pour la vie. La louange comme protestation Nous avons défini la louange comme la marque de la gratitude pour tout ce qu’il y a de beau et de bon dans notre vie mais que faire quand il n’y a pas grand-chose de beau et de bon, quand c’est le gris qui devient la couleur dominante, quand les deuils et les épreuves s’accumulent ? Que faire ?… Louer encore ! Mais dans ces cas, la louange n’est pas tant dans le registre de la reconnaissance que dans celui de la protestation. Dans le judaïsme, le Kaddish est la prière des personnes en deuil,
elle est aussi prononcée lorsqu’une catastrophe survient. Contrairement à notre
attente, cette prière n’est pas la confession d’un Dieu
proche qui partage le fardeau de ceux qui sont dans la souffrance. Le Kaddish
est un hymne de louange : Béni, loué, célébré,
honoré, exalté, vénéré, admiré et
glorifié soit le nom de Dieu très saint, au-dessus de toutes
les bénédictions, de tous les cantiques et hymnes de louange
qui peuvent être proférés dans ce monde. Est-il vraiment
juste de bénir et de louer Dieu face à la mort et à la
destruction ? Oui, répondent les sages, pour ne pas être vaincu
par la mort et la destruction. C’est justement lorsque Dieu apparaît
le plus absent qu’il faut le célébrer, c’est quand
on a envie de le maudire qu’il faut le plus l’invoquer. Pendant
la dernière guerre des Juifs ont écrit sur les murs de la cave
dans laquelle ils se terraient : « Ce n’est pas parce qu’ici
on est dans le noir que dehors le soleil ne brille pas. » Quand on sait
que le Kaddish a été récité dans les camps de la
mort, on comprend qu’il a une fonction de protestation en affirmant que
Dieu ne saurait se réduire à la réalité vécue
par ceux qui le célèbrent.
Pasteur Antoine Nouis
|
Page d'accueil |
Nous contacter : de Boissy Saint Léger - (Val de Marne) Mél: erfboissy@free.fr |
Haut de page |